Parapente : apprendre à voler

Parapente : apprendre à voler

La peur, chez moi, est cousine de l’excitation. Mi-effrayée, mi-électrisée, je me jette dans des activités qui agitent mes angoisses sans jamais freiner mes élans.  

Voler en est une. Je me rappelle ces secondes redoutables et silencieuses avant mon premier vol solo. Pâle et muette, je fumais ma cigarette ; j’avais sacrément peur. A l’atterrissage, j’étais fière comme jamais je ne l’avais été. Ce n’était pas écrit, le vide m’effraie. 

Bien plus tard, mon 27ème vol se termine. Ma voile est restée accrochée aux arbres que je viens de percuter. Le Viaduc de Millau me regarde et je crois bien qu’il se moque de moi. Bienvenue dans le monde merveilleux du parapente. 

« Changer d’air » : Décoller

Voler est un rêve de gosse que beaucoup d’adultes refusent d’abandonner à la sortie de l’enfance. C’est aussi une aspiration parfaitement atteignable, il ne te faut que deux choses : 15 secondes de courage pour te lancer et du matériel pour glisser dans l’air. 

Prends une voile de 22 mètres carré –les dimensions varient en fonction du poids- c’est-à-dire la taille d’un studio à 750 euros/mois à Paris. Peinds-là aux couleurs de l’arc-en-ciel qu’il te plaira pour qu’on ne voit qu’elle dans le ciel bleu clair. Rajouter plein de trous sur un de ses bords pour qu’elle puisse se gonfler au vent. C’est bon ? Voilà un excellent début.

Sur ta voile, il y a des fils bleus, verts et rouges partout pour te diriger et la manier. Ces fils – les suspentes pour les initiés- sont reliés à un gros sac appelé sellette que tu enfiles sur ton dos. Encombrant au sol, il se transforme en siège confortable quand tu es en vol.  

Maintenant que tu as tout le matos, tu es prêt à décoller. Vérifies que ta radio marche, tu entends bien le professeur ? Mets un pied en avant, tends tes muscles et ouvres tes bras comme pour accueillir le ciel. Regardes la manche à air, est-ce que le vent est de face ? Oui. Vas-y. 

La voile se soulève à la force de ton corps entièrement mobilisé à la tâche.  Ne penses qu’à ton parapente qui arrive rapidement au-dessus de ta tête. C’est le moment de temporiser, c’est-à-dire de freiner légèrement pour qu’il ne te dépasse pas. Et hop ! On avance, on court et soudain les pieds qui avancent encore ne touchent plus le sol. Assieds-toi dans ta sellette. C’était facile non ? Bon vent.  

« La tête dans les nuages » : Voler

L’air est frais sur ton visage, c’est pas un siège d’avion non, c’est du vrai first-class comme même Qatar Airways n’en propose pas avec vue à 360 degrés et de la place pour s’étaler de tous les côtés. La falaise s’éloigne derrière tandis que, devant, le village avec son clocher au milieu semble minuscule et figé 200 mètres plus bas.

Ton objectif désormais est de te rapprocher progressivement du terrain d’atterrissage – préalablement repéré et étudié – sans le survoler. C’est un grand champ rectangulaire avec le prof au milieu et une manche à air pour t’indiquer la direction du vent. Autour, quelques arbres mais peu, pas de maisons ni d’hommes, la voie est libre.

« Doucement les commandes quand tu tournes ! » dit le professeur dans la radio. Ah les p’tits nouveaux, tous des brutes quand ils commencent, il se dit en souriant.

Le temps a filé si vite et tu dois déjà te diriger vers la zone de perte d’altitude qui augure de l’atterrissage à venir.

Alors que tu voles au-dessus d’un champ de blé ensoleillé, ta voile se met à remuer. « Woo pourquoi ça secoue comme ça … Et pourquoi je monte ! »

La radio s’active : « Tu es dans un thermique, enroule-le sur ta droite » explique le prof.

Quelle chance fabuleuse – et peu réaliste – d’accrocher une ascendance thermique lors de ton premier vol ! Une fois dans les airs, nous ne sommes pas condamnés à descendre. Certains phénomènes météorologiques peuvent, au contraire, nous faire monter jusqu’aux nuages comme les thermiques qui sont des vents verticaux. Apprends à les saisir, à les exploiter et tu pourras passer des heures là-haut. Prévoir l’apéro.

Comment commencer ?
Si l’envie d’essayer vous chatouille sans que vous puissiez vous la sortir de la tête, contactez une école de parapente. Souvent très bien notées (pour ceux qui aiment regarder les avis sur internet), elles sont éparpillées aux quatre coins de la France – ou presque – que ce soit en Normandie, au Puy de Dôme, à Annecy ou encore à la montagne bien sûr … C’est en Suisse Normande que j’ai commencé. Surprenant car le plus haut dénivelé de la région ne dépasse pas 200 mètres, ce fût pourtant parfait pour mes premiers pas. Pour commencer, pas besoin d’aller en haute montagne.

« Tomber du ciel » : Atterrir

15 mètres, 10 mètres, 2 mètres… Boum !

Bravo ! Tu as atterri pour la première fois. Sur le cul certes mais la technique viendra.

L’atterrissage à quelque chose de contre-instinctif : lors de la dernière ligne droite, à environ 15 mètres du sol, tu dois accélérer.

« Quoi ? tu veux dire freiner non ! »

« Non, je veux dire mains en l’air, tous freins lâchés ! »

Pas d’inquiétude, tu es face au vent, tu n’iras pas très vite. La vitesse empêche ta voile de se fermer ou de décrocher, c’est-à-dire de ne plus être capable de te porter en vol.

Quant à ton regard, grand maître de ton vol et anticipateur de trajectoire, il regarde ton point d’aboutissement, là où tu souhaites te poser. Attention, ne regarde pas ou très peu le sol sous tes pieds même s’il s’approche à grand pas, il n’est pas bon conseiller, sauf pour se ‘gaméler’.

C’est à deux ou trois mètres du sol que le mono te somme de commencer ta manœuvre de freinage, tu baisses les bras d’abord doucement puis sec.

Ça y est, tu es à nouveau au sol, 200 mètres plus bas.

Alors tu as aimé ? Je sais que tu as aimé ! Tes premiers pas dans la cour des grands, ceux qui donnent des sueurs froides avant le décollage, ceux qui demandent de ranger ses peurs, de maîtriser ses émotions et de sortir son courage. Ton tout premier vol ! Glisser dans l’air pour la première fois, avoir pour voisin un rapace, pour vue une vallée entière, pour siège une sellette et pour émotion l’exaltation.

« Alors, c’était comment ? » demande un camarade de stage d’initiation dont le sourire trahit la joie.

« Trop bien… » Tu n’as rien d’autre à dire, tu es encore là-haut et toi aussi, tu souris bêtement.

Si tu le veux, il y en aura plein d’autres, des dizaines, des centaines. Tu affineras ta technique et ta connaissance du ciel. C’est peut-être le début d’une nouvelle passion…

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